Au point de rencontre entre la peinture, la sculpture et la performance, mon travail questionne notre rapport au images, aux systèmes de représentations, et à la place de celui qui regarde.
La contemplation de l’écran plonge le corps dans une immobilité et une concentration qui durera le temps d’un scroll. Mes pièces sont un pied de nez au figement que provoque le téléphone: à l’inverse, elles incitent les spectateurs qui les activent à se déplacer, à communiquer entre eux, et sont conçues pour provoquer des moments de complicité, de gêne, de questionnements ou de rire entre les participants.Tableaux vivants, sculptures pour le corps, performance participative; chacune de mes pièces place le spectateur dans une relation d’intimité particulière, et l’incite à interagir et à entrer en action.

La dimension interactive de mes productions occupe une place importante dans ma pratique d’artiste. Il me semble indispensable de réunir les spectateurs autour de questions communes et de moments partagés, et de créer du contact entre les gens au sein d’un espace d’exposition. Ainsi c’est la fragile relation qui se tisse puis disparaît, l’hésitation puis la mise en action des sculptures par les spectateurs qui transforment mes pièces en des œuvres performées, moment étrange et délicat pendant lequel le regardeur se retrouve acteur. Les sculptures pour mains (qui se manipulent à plusieurs avec amour et bienveillance), en plus de provoquer des moments entre les spectateurs, tissent des liens le temps d’un geste, et répandent dans l’ensemble de la salle d’exposition l’étrange absurdité qu’elles induisent via leur manipulation et leur déplacement perpétuel.J’explore la lenteur, la maladresse, le réel qui désespère de pouvoir atteindre son objectif de perfection. Mon travail est une ode à toutes les situations que l’on ne voit pas; au moyen, au raté, à la fatigue, à l’anxiété, au bizarre, à l’ennui, à la feuille qui pousse, à l’adolescent affalé, au chien platré, au ballon dégonflé et à l’homme d’affaires qui joue à Candy Crush. Le temps et l’immobilité de la peinture, la forme structurale mal assurée, la performance ridicule et participative sont dans mon travail des moyens de parler du réel qui m’entoure, de l’information qui s’accélère et déforme mes perceptions, et de l’image de la consommation, parfaite et pressée. Il me semble indispensable de penser aujourd’hui des œuvres basées sur l’entraide et la bienveillance, qui sont à mes yeux les principales clefs d’action de notre époque. L’image d’un groupe soudé, de relations qui se créent constituent le terreau d’actions plus fortes. C’est ensemble et avec nos cercles proches que nous pensons de nouvelles façons d’imaginer le futur, c’est en étant portées par des groupes soudés que les actions sociales se mettent en place et que le monde change. C’est pourquoi il me semble aujourd’hui important de mettre en valeur les liens, les relations délicates, les hésitations et les timidités  induites par la rencontre, ainsi que la gêne, les discussions, les rires et les échanges riches et bienveillants qui découlent des actions collectives. Les provoquer par le biais de sculptures et sous forme de performances dans un espace d’exposition est un moyen d’engager l’expérience de la rencontre, et de proposer un tableau vivant de relations sociales qui se forment en direct et engendrent souvent des mises en scènes inattendues. La partie sociale et politique de mon travail apparaît comme un second volet de lecture, dans l’ensemble de mes sculptures. Inspirée du Système des objets de Jean Baudrillard  autant que de Pablo Sevigne qui parle d’entraide, d’effondrement, de ralentissement et de vivre ensemble,  des Fonctions de la peinture de Fernand Léger ainsi que des cours en ligne du botaniste Francis Hallé qui explique l’interdépendance et l’évolution des espèces entre elles, mon regard sur notre époque est optimiste, parfois ironique, mais convaincu qu’il est possible de concevoir de nouvelles manières de vivre bien ensemble.